Légendes, Mythes ou Réalité à Saint-Malo
Orange = Rivages actuels Vert = Anciens rivages
La ville de Saint-Malo l’illustre cité des hardis marins est située pratiquement au centre du golfe allant de Coutances en Basse Normandie au Cap Fréhel en Haute Bretagne.
Sa situation est comparable à celle d’un bec d’entonnoir et nous allons voir ci-après pourquoi, à Saint-Malo, les fonds marins sont à peu de profondeur et donc les marées ont un fort développement.
En 1734, l’abbé Ruault, curé de Saint-Pair aujourd’hui Saint-Pair-sur-mer, près Granville, relate, dans la préface de son abrégé de l’histoire des solitaires de Scissy, qu’en l’an 400 ce golfe était, pour partie, une gigantesque forêt qui commençait à la chaîne des rochers de Chausey et s’étendait jusqu’au Grouin de Cancale, couvrant ainsi toute la baie au-delà du mont Tombe, aujourd’hui Mont Saint-Michel.
C’est ici, que s'étendait la forêt du nom de Scissy, qui pourrait également être l’ancien nom des îles Chausey. D’où vient le nom de Scissy ? Il apparaît pour la première fois au VIe siècle dans le texte vita sancti Paterni (vie de saint Paterne ou Pair) évêque d’Avranches écrit par le poète Venantius Fortunatus, ordonné prêtre en 576 puis évêque de Poitiers en 599 et, on trouve Chausey sous le nom de Scessiacum qui donnera Scessi pour devenir Chosey et enfin Chausey, nous explique Eugène Ruault en 1958 dans la revue Chaîne d’Union. Au Nord de la forêt de Scissy s’étendaient de vastes marais jusqu'à Jersey.
Des points saillants, qui aujourd’hui sont des îlots, les Ecréhous, étaient alors des monts peu élevés autour desquels s’étendait la riche seigneurie qui fut donnée par Jean d’Angleterre (1167-1216) surnommé Jean-sans-Terre au seigneur de Pratel. C’est en passant par cette seigneurie que l’évêque ou l’archidiacre de Coutances allait encore, à pieds, du continent en Jersey qui, alors, était sous sa juridiction. En effet, en 565, il s’avère que l’évêque saint Lô allait visiter ses diocésains à pieds en traversant, entre le Cotentin et Jersey un infime ruisseau d’eau de mer. Pour traverser ce dernier un dénommé Bonissant devait lui fournir une sorte de petit pont fait de planches.
L’abbé Hamard nous fourni, en 1880, dans son livre Gisement du Mont-Dol une ancienne carte du Cotentin qui précise les contours des côtes avant l’envahissement de la mer. Cette carte qui date de 1714, a été réalisée d’après un modèle de 1406 donné par un religieux du Mont Saint-Michel à, l’ingénieur-géographe de Louis XIV, Deschamps-Vadeville en 1704.
Ces plans successifs proviendraient, en fait, d’un document relatant la tradition du IXe siècle. Sur cette carte on voit très bien que Jersey n’était séparé de Porbail que par un infime bras de mer qui traversait du Nord au Sud ces plaines et forêts, à mi-chemin, entre Jersey et Porbail reliées toutes deux par une voie romaine. Ces terres s’étendaient bien au-delà de Saint-Malo car, des débris d’arbres engloutis on été retrouvés, lors de l’inventaire réalisé dès 1811 par M. De La Fruglaye, jusque vers Saint-Michel-en-Grève dans les Côtes-du-Nord. Durant l'époque romaine, Guernesey, Sercq et Herm ne formaient qu'une seule île. En revanche, Jersey, Aurigny, les Ecréhous et Chausey, faisaient partie du continent. Nous fournissons cette carte du Cotentin à la fin de cet exposé.
Dans la Vie de saint Malo, document écrit vers 870 après J-C par Bili, diacre d’Alet, on apprend que l’ermite Malo aurait débarqué sur l’île September, d’où il serait venu à pied jusqu’à la cité d’Alet. L’identification de cette île avec celle de Cézembre ne pose, aujourd’hui, plus de problème et l’on est certain que September était de fait un avant-port de la cité et qu’il existait une liaison terrestre entre ces deux sites.
En face la ville de Saint-Malo actuelle, existaient donc des vastes prairies marécageuses jusqu'à la barrière rocheuse des grandes Conchées et du plateau de Cézembre qui dominait la mer au Nord et les prairies au Sud. Le véritable nom de l’île September a été durant l’époque gauloise Segisama Briga (la hauteur la plus forte). La rivière la Rance se jetait ici dans la mer, par deux bras de rivière, l’un vers les rochers appelés Les Pierres des Portes non loin des rochers de Cézembre et l’autre près la Pointe du Décollé non loin de Dinard.